Revue du sacre de louis XVI
La terre et seigneurie de Bezannes était de longue date dans la famille de ce nom, dont on peut suivre la filiation dans la généalogie dressée par le juge d’HOZIER (armorial de la noblesse de France, Reg IV.) Cet auteur cite plusieurs personnages comme ayant paru dans différents actes sous les années 1248, 1266, 1296 etc. Parmi eux est inscrit Jean de Bezannes que d’Hozier regarde comme étant celui qu’intéresse un fait historique rapporté dans un mémoire de famille : » En l’an 1268 (porte ce mémoire), Alphonse comte de Poitiers, frère du roi Saint-Louis, lequel étoit demeuré à Paris pour le gouvernement de l’État, avec la reine Blanche sa mère, désirant joindre l’armée du Roi son frère qui étoit au voyage d’Outremer, partit de Paris accompagné de plusieurs grands du royaume, entre autres Jean DE BEZANNES, son conseiller, et joignit l’armée du Roi à Damiette. L’année suivante se donna un grand combat contre les Sarrasins étant commandé par MELECH SOULDAN, et celle des François par le Roi en personne, laquelle courut risque d’être défaite sans la valeur de Jean de Bezannes qui, ralliant le reste des troupes de l’armée du Roi, mit en pièces celle de MELECH. Il portait pour lors son écu : Azur semé de besans d’or sans nombre et pour marque de courage au lion d’argent, armé de gueules, lampassé d’or. » Ces armes sont celles que porta, dans les siècles suivants, la famille qui nous occupe.
D’Hozier donne comme premier auteur certain, Pierre de Bezannes, vivant au XVe siècle. Il était, en 1436, contrôleur du grenier à Sel de Reims, puis Panetier du Roi et attaché au service du Chancelier.
Nous devons mentionner son passage comme lieutenant des habitants de la Ville de Reims, de 1450 à 1466.
Des deux mariages qu’il contracta, le premier, avec Jeanne DE MARNE (1437) ; le second, avec Jeanne TOIGNEL, il eut trois enfants. Nous ne nous occuperons ici que des membres possesseurs de la terre de Bezannes.
Jean de Bezannes, issu du deuxième mariage, la possédait avec les seigneuries de Condé, des Mesneux et de Prouvais. Il s’était marié à Perrette DE BOHAM, dont Adrien, écuyer, seigneur de la terre de Bezannes pour laquelle il rend hommage le 25 mai 1499 à Claude TOIGNEL, seigneur d’Espence.
Marié à Louise de MIREMONT, fille de Jean, seigneur de Gueux, il laissa une nombreuse postérité qui forma la branche des seigneurs de Taissy et de Guignicourt.
Renaud de Bezannes, écuyer, hérita de la seigneurie de bezannes. » Il partagea, le 4 juin 1551, avec Guillaume, Nicolas, Adrienne et Marguerite de bezannes, ses frères et sœurs, les biens de la succession paternelle et maternelle, et eut pour sa part comme fils aîné la terre de Bezannes mouvante de l’archevêque de Reims et du vidame de Châlons ; la terre du Mont-Saint-Pierre, mouvante du comté de Roncy ; le fief de Montbret, mouvante de l’archevêque de Reims à cause de son château de Porte-Mars ; la terre de Rocquignicourt, mouvante de l’abbaye de Saint-Thierry ; le fief des Maigneulx relevant aussi de l’archevêque de Reims et le fief du Chastelet. » (D’Hozier. Art. Bezannes.)
Guillaume, cité plus haut, fut le chef de la branche de Taissy.
Renaud de Bezannes avait épousé, en 1564, Marguerite de ROUY, qui lui donna quatre enfants parmi lesquels Charles, qualifié écuyer, seigneur de Bezannes, gentilhomme ordinaire de la maison du Roi et chambellan du cardinal de Bourbon. Il rendait foi et hommage, le 10 mars 1566, pour le fief de Bezannes et le 9 décembre 1575 pour la maison forte, circonstances et dépendances d’icelle, à l’archevêque duc de Reims. Charles de Bezannes eut de son union (1573) avec dame Louise DE CRÉVECŒUR, veuve de messire Anne DE BOULAINVILLIER, Jacques qui hérita de notre terre et seigneurie. Marié à Anne DE NIVENCHAM, fille de Maurice de NIVENCHAM, seigneur d’Estrepy, et de Catherine LALLEMENT, il eut sept enfants dont entre autres Renaud de Bezannes de Taissy qui paraît dans un acte daté du 18 novembre 1647, par lequel il rend foi et hommage à Mgr LÉONORE d’Etampes pour la maison forte de Bezannes ainsi qu’elle se comporte, avec les fossés l’environnant et dépendances d’icelle, conjointement avec messire Jacques de Minette du Breuil, à cause de Louise de Bezannes, son épouse, et messire Florent DU HANNON, à cause de Marguerite DE BEZANNES, son épouse, savoir lesdites dames pour chacune un quart et ledit Renauld pour moitié dudit lieu de Bezannes.
Le 25 novembre 1648, Renaud fournit également au même archevêque, aveu et dénombrement pour son château et maison forte de Bezannes, entouré de fossés remplis d’eau avec la basse-cour et bois joignant et attenant audit château. Renaud avait épousé Anne DE BOUTILLAC de laquelle il eut deux enfants :
1° François-Joseph de Bezannes de Taissy ;
2° Louis de Bezannes,
Dès lors, nous voyons la famille de Bezannes résider à Taissy et à l’époque où les deux personnages ci-dessus vivaient, apparaît (1673) Pierre GARGAND, écuyer, Conseiller du Roi et Commissaire ordinaire des guerres, seigneur de Bezannes, pour lequel il rend, à la date du 24 janvier de l’année précitée, foi et hommage de la seigneurie dudit lieu, à Mgr Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims.
A la fin du XVIIe siècle, notre seigneurie se trouvait partagée. Une partie appartenait au SR DELAUNOY, à la suite d’un échange fait avec les chapelains de l’Église de Reims, et l’autre partie aux FÉRET de Varimont. Le 13 septembre 1698 et le 20 avril 1700, les droits de ceux-ci étaient acquis par Antoine Leclerc, Conseiller du Roi et son procureur au siège présidial de Reims (Arch. de Reims, fonds de l’archevêché, G. 135.)
Le 19 janvier 1727, les héritiers de la dame Leclerc vendaient la part leur appartenant à Messire LESPAGNOL de Villette. Ce dernier se rendait acquéreur, à la même date, du fief d’Artaise, consistant en un quart dans les droits de sauvements et d’un quart dans les abonnements de vinage du village des Mesneux qui relevait au même titre, que la maison seigneuriale de Bezannes, de l’abbesse de Saint-Pierre. Une des lettres de M. LESPAGNOL, datée du 4 décembre 1746, conservée aux Archives de Reims, a pour nous quelque intérêt en ce qu’elle donne la consistance de la maison forte et de certains droits y attachés, droits que lui contestait l’archevêque de Reims et qui firent l’objet de cette correspondance que nous croyons devoir reproduire in extenso :
» Au moment, Monsieur, que j’ai acquis la terre de Bezannes par compromis, j’ai eu l’honneur d’informer son altesse que j’allois devenir son vassal et qu’en cette qualité je luy devois des droits.
» Elle a eu la bonté de me répondre qu’elle donneroit les ordres pour que je sois traité favorablement. Cette lettre est antérieure à mon contrat d’acquisition qui est du 28 janvier 1727.
» J’avais paié les droits deus pour ce qui est dans la mouvance de l’archevesché, si on m’avoit demandé ce qui pouvoit être deu pour la maison forte et la seigneurie des Mesneux, appelle le fief d’Artaise.
» On a prétendu, Monsieur, que le bois joignant la maison étois fief. Il y a quinze ou seize arpents – cette prétention est fondée sur ce que dans un dénombrement présenté à Mr de LENONCOURT ou à Mr D’ESTAMPES, je n’ai pas ici mes titres, c’est à l’un ou l’autre des deux qu’il a été donné, il se trouve en interligne ces deux mots et bois. Ils sont écrits d’une main étrangère d’une encre plus foncée. Il est certain qu’ils ont été ajoutés depuis l’acte. La mesme main ly a ajouté dans l’extrait qui est au Cartulaire de l’archevesché. Dans l’extrait que j’ai en main, on m’a assuré avoir vu la minutte ou les mots et bois ont été ajoutés par la mesme personne. Quel a pu être son but dans cette infidélité qui est ancienne, il n’a pu être que d’étendre les droits deus dans les mutations ; il s’est de tout temps trouvé gens toujours prêts à prêter leur ministère aux mauvaises manœuvres. Les dénombrements antérieurs et postérieurs n’ont jamais fait mention des bois.
On m’a demandé les droits de quint. Monsieur, pour la laisse court séparée de la maison forte par le fossé. Dans cette basse court, il y a un logement pour le fermier, des granges, écuries, remises, un colombier et deux pressoirs banaux, et en conséquence la banalité auroit aussi deu des droits de quint. Je portay à mon conseil les anciens contrats d’acquisition, un décret de 1667 et mon contrat avec les aveux et dénombrements ; il remit à me donner sa décision que fort longtemps après sur ce qui pouvoit être de la mouvance de l’archevesché. Il me dit que les actes n’étoient pas clairs, que la basse cour étant une dépendance naturelle du château, il y avoit lieu de présumer qu’elle étoit de la mouvance, ce qui me fit prendre le parti de dire à Mr Noël, mon procureur alors, aujourd’hui receveur de L’hôtel Dieu qui avait entre ses mains mes deniers qu’il pouvait paier mille livres à l’intendant de monsieur l’archevesque ce qu’il a fait dans son étude où la quittance a été donnée en juin 1728 avec le terme d’acompte à cause des difficultés qu’on faisoit sur les dépendances de l’archevesché.
« Peu de temps, monsieur, après mon paiement, j’allois chasser aux Mesneux me regardant en avoir le droit. Trois jours après, je reçois copie du procès-verbal dressé par le garde des Mesneux, et assignation devant le bailli de l’archevesché. J e retourne à mon Conseil, je luy fais voir les termes de mon contrat relatif à ceux du décret, item la seigneurie des Mesneux appelé le fief d’Artaise avec le droit de sauvement. Il me montra dans le corps du décret un (sic) opposition formé au nom de Mr Letellier pour lors archevesque et me dit que qu’au moien de cette opposition, je ne pouvais me servir du décret pour faire valoir ma qualité de seigneur des Mesneux et y chasser, que Mr Leclerc n’en avait jamais en la possession. Il venait de mourir âgé de 86 ans et n’avait jamais tenu de fusil. Cet avis me parut suspect et venir d’une personne dénoncée à Mr l’archevesque il m’offrit son service pour empêcher la poursuite de l’assignation qui m’avait été donnée.
J’envoiai alors, Monsieur, mes litres à Paris pour les consulter. On m’assura que ma qualité de seigneur des Mesneux étoit bien établie par le décret et le contrat de vente, mon droit de chasse certain, que les termes de la maison forte entourés de fossés étoient expressifs et que la basse court et les bois n’étoient pas de la mouvance de l’archevesché et sujet à des droits féodaux.
« Je compris dès lors que j’avois paié au-delà de ce qui pouvait estre deu pour la maison forte et les mouvances de l’archevesché et que mon interest étoit d’assurer par des chasses réitérées la possession de mon droit de chasse dans une terre qui est contiguë à la mienne.
« A la première chasse, nouveau procès-verbal et sans avis comme la première fois assignation pour me voir tenir en défense de chasser devant le bailli de l’archevesché. Procédé déraisonnable d’un intendant pour ne pas dire brutal qui regardoit le gibier des terres communes comme son bien, son apanage, et agissoit comme si son système étoit que ceux qui avoient concurremment avec son altesse des droits de chasse ne devoient pas en user. Il y a eu dans une qui n’est pas loing de chez moy des procédées à peu près semblable. Assigné, j’ai demandé, Monsieur, mon renvoy devant le juge roïal. Le Bailli n’a pas voulu me donner une sentence de renvoy. L’affaire apparue apparemment si mauvaise qu’on n’a pas jugé à propos de la poursuivre.
« Si le Conseil prétend que les bois et la basse court sont dans la mouvance de l’archevesché je suis redevable, mais s’il ne réclame que la seigneurie des Mesneux, elle consiste au droit de chasse et au quart de l’avoine paié à l’archevesque de Reims par les habitants qui doivent chacun trois quartels par an. Il y a des droits de sens ou autres revenus auxquels je n’ai point de part.
« Quant à la maison forte dont on a fait la visite il y a deux ans e en mon absence, voicy sa consistance : une cuisine, une salle, une chapelle, un cellier font le rez-de-chaussée. Le haut à deux chambres (sic) et trois cabinets. Un pavillon donne deux chambres de domestiques, une à chaque étage. Des écuries, parties pan de bois, parties bâties en carreaux de terre ont été démolies à cause de leur vieillesse et caducité, les parties pourries dans les murs, elles n’ont pas été réédifiées. Cette maison forte a été bâti il y a plus de quatre cents ans et les matériaux sont tous carreaux de terre à l’exception du pignon qui en croix. On a du vous la dépeindre telle que je l’ai fais. Celuy qui a fais l’ouverture de la maison a ouy dire n’est ce que cela à celui qui en a fait la visite. Telle quelle est, Monsieur, j’aurois été fort charmé de vous y recevoir et de vous faire voir ce qui est dans la mouvance de son altesse et en mesme temps une maison bourgeoise bâtie il y a quinze ans tout entière depuis le fondement jusqu’au faîte, qui a une cuisine, un sallon, deux chambres hautes, deux jolis jardins, basse cour, cellier, vendu le 14 juillet 1739, 1400 livres. Il est vrai qu’elle n’est pas seigneuriale entouré de fossés, elle est dans mon village et bâtie des mesmes matériaux que la mienne.
« Je ne vous dirai pas Monsieur que peu de temps après mon beau-frère a acheté vingt mille livres une terre qui est tout fief, qu’on luy a fait remise des droits en paiant mille livres. J’ai vu avec plaisir les grâces qu’on luy a fait. Sentant mon inutilité je me borne à paier ce qui peut être légitimement deu sans espérer de grâce. Car si son altesse a eu intention que je sois traité favorablement, elle n’a pas été remplie. Si on abandonne la basse cour et le bois comme n’étant pas de la mouvance de l’archevesché, je pouvois mesme avancer que j ‘ai trop paié et que pour me faire faire l’aveu d’un traitement favorable et d’une remise, il doit m’être rendu une portion des mille livres paiés.
« Avant la promesse d’un traitement favorable, j’ai cru en passant mon acte de vente ne devoir pas fixer ce qui étoit dans la mouvance de l’archevesché, ni en fixer la valeur, ce que j’aurois fait avec l’exactitude la plus scrupuleuse pour ne pas nuire à ses droits et avec la justice la plus sévère.
« Je vous ai l’obligation la plus entière, Monsieur, de m’avoir donné avis des résolutions du Conseil à mon égard, faveur que je n’ai pas receu quand j’ai receu les deux assignations pour la chasse des Mesneux qu’on me contestois.
« Le Conseil tout éclairé qu’il est pouvoit être sujet à la prévention comme tous les hommes. Ses décisions ne feront pas le jugement qui doit fixer ce qui est fief et la valeur.
« J’ai l’honneur d’être très parfaitement, Monsieur, Votre très humble et obéissant serviteur, Bezannes
« A Bezannes, ce quatre décembre 1746. «
La maison forte ou château dont il est question dans cette lettre, était situé dans un espace encore aujourd’hui entouré de fossés qui sont alimentés par des eaux venant de Sacy. Il n’y subsiste plus qu’une habitation restaurée au centre d’un vaste enclos. On remarque dans le grenier deux consoles en pierre avec les écussons lisses et au rez-de-chaussée, offrant un heaume, une lampe, une figure et deux têtes d’animaux aux angles.
Revenons à nos seigneurs
Gérard-Félix LESPAGNOL, grand bailli d’épée de Vermandois, seigneur de Bezannes, eut un fils Jean-Baptiste-Félix LESPAGNOL, seigneur de Bezannes, Vaux-Champagne, Artaise et autres lieux, ancien mousquetaire du Roi et capitaine dans le régiment de Vaubécourt ; il fut marié à Marie-Anne-Félicie LESPAGNOL De Villette, après une bulle dispense obtenue le 26 janvier 1761. Il fut nommé le 22 janvier 1765, en remplacement de son père, à la charge de grand bailli d’épée de Vermandois, dont il fut le dernier titulaire.
Sa santé ne lui permit pas de présider en personne l’assemblée générale du bailliage de 1789 ; il fut remplacé par Nicolas-Louis JOUVANT, écuyer, son lieutenant particulier au siège royal et présidial de Reims.
Jean-Baptiste LESPAGNOL de Bezannes décéda peu de temps après, le 25 février 1791, laissant quatre enfants :
Antoine-Joseph LESPAGNOL DE BEZANNES, officier au régiment d’Orléans, infanterie ;
Henri-Jean-Baptiste LESPAGNOL, dit le chevalier de Bezannes, officier au régiment de Navarre ;
Joseph LESPAGNOL, dit de RAMISSON, officier au régiment de Neustrie ;
Joséphine-Angélique LESPAGNOL, épouse de Louis-François DE LA BOVE de l’Isle, garde du corps du Roi, compagnie de Noailles.
La branche masculine des LESPAGNOL de Bezannes s’est éteinte vers 1848, en la personne de M. Antoine-Joseph de Bezannes, chevalier de Saint-Louis, décédé à Reims en son hôtel, rue des Chapelains, laissant de son mariage avec Madame Madeleine-Nicole-Clotilde PRÉVOST DE VAUDIGNY : Madame Marie-Félicie LESPAGNOL DE BEZANNES, épouse de M. Prosper JOURDAIN de Muizon, et Madame veuve DE BEFFROY, supérieure des dames de la Providence à Reims. (II. PARIS. Les cahiers du Bailliage de Reims aux Etats-Généraux de 1789.)