La paroisse
Notre paroisse, citée en 1184 (Cf. VARIN, Arch. adm. T. 1, page 406, Dîmes), avait déjà au XIIe siècle charge de succursale : la chapelle Sainte-Geneviève-aux-Champs, située près de Reims, en dépendait.
C’est ainsi que le Pouillé de 1303 en fait mention : Perrochia de Besennis duo sunt monasteria ; principale monasterium apud Besennes, fundatam in honore B. Martini ; aliud est in capella S. Genovephe juxta Remis, non dedicatum. – Patronus capitulum S. Simploriani Remensis, » « a la paroisse de Bezannes, il y a deux églises ; la principale église est à Bezannes même, fondée en l’honneur de saint Martin ; l’autre à la chapelle Sainte-Geneviève, près de Reims, sans dédicace. – Le patron est le chapitre de S. Symphorien de Reims. «
C’est en compulsant les divers dossiers et en particulier ceux relatifs aux dîmes, que nous pouvons connaître quelques-unes des particularités de l’histoire de la paroisse.
Le 26 juin 1698, on payait la dîme sans contestation à raison de la 15e gerbe pour le grain et de 4 pots de vin par poinçon.
Les possesseurs des dîmes étaient MM. l’abbé de Saint-Rémy pour moitié, les chanoines de Saint-Symphorien pour un tiers et les chanoines de Saint-Symphorien pour un tiers et les chanoines de l’église métropolitaine pour deux douzièmes. Le curé depuis son option de la partie congrue faite en l’année 1768 n’avait aucun préciput dans les dîmes.
L’enquête de 1774 qui nous renseigne à ce sujet traçait ainsi le caractère des habitants : Pacifiques et pieux. Nous savons encore par ce document que la paroisse entretenait « un maître d’école clerc, un choriste, quatre enfants de chœur, un sacristain et un sonneur. Le maître en qualité de clerc n’a point d’autre revenu que 7 livres 10 sols pour l’acquit des fondations et le logement, sur lequel il paye annuellement dix livres pour l’entretien de l’horloge. Le choriste reçoit par conclusion de la fabrique six livres, le sacristain et sonneur reçoit 5, 6 ou 7 sols par feu. «
Elle percevait de nombreux revenus de cens et vinages. Nous allons en citer quelques-uns :
1720 – François CHOLLET, pour une pièce de terre, 6 deniers ; Etienne PISTAT … ; Mme BOUVART, pour cinq pièces de terre, 8 sols 6 deniers ; LIÉ LE ROY, pour deux pièces de vigne, 9 deniers.
1750 – François CHOLLET, pour une pièce de terre, 6 deniers ; les héritiers d’Etienne Pistat, pour trois jours de terre et cinq pièces qu’il a acquis de la veuve BOUVARD, 10 sols 3 deniers ; Toussaint FROMENT, pour un demi-jour de terre, 1 sol 2 deniers ; la veuve LIÉ LE ROY, pour deux pièces de vigne, 5 deniers.
1762 – AUBRY (Etienne), laboureur, pour 12 hommées de terre, 1 sol 8 deniers ; LAPLANCHE (Antoine), vigneron, pour 2 h. de vigne, 3 deniers ; MALAISÉ (Jean), laboureur, pour 10 h. 7 v. de terre, 2 deniers ; MARBY (Martin), pour 1 h. 5 verges de vigne, 3 deniers ; PISTAT (Nicolas), vigneron, pour 9 jours 3 h. 5 v. de terre, 1 livre 9 deniers ; plus pour 2 jours 8 h. de terre (qui doivent simple cens), 7 deniers ½ ; PISTAT (Thomas), laboureur, pour 1 jour 8 h. (simple cens), 4 deniers ½ ; TROUSSET (Henriette), veuve de Etienne PISTAT, laboureur, et Etienne-François PISTAT, son fils, pour 9 jours 4 h. 2 v. de terre, 1 livre 2 sols 2 deniers ; plus pour 1 jour 14 h. 5 v. (simple cens), 5 deniers ; VUIART (Laurent, Marie-Jeanne et Jeanne), garçon et filles majeures, pour 6 hommées de terre, 10 deniers ; VUIART (Marie-Anne et Marguerite), mineures de deffunt Robert VUIART, pour 6 hommées de terre, 10 deniers.
Les biens qui appartenaient à la fabrique se composaient en 1678 (acte du 26 mai) de 18 pièces de terre, 2 pièces de vigne et du préciput sur le grain. (Cf. G.254, Fonds de l’Archevêché.)
D’autre part, plusieurs fondations lui avaient été faites et nous ne pouvons mieux faire que de donner l’exposé de quelques-unes avec l’intitulé du document :
Inventaire des contract et constitutions de rente et contract de fondation et autres actes et argent appartenant à l’église et fabrique de Bezannes, fait par devant nous Estienne AUBRY, lieutenant en la justice de Bezannes pour Madame DE SAINT-PIERRE de Reims, dame en partie dud. Bezannes, présents ANTONIN Jacques, procureur fiscal et Gabriel BRIET, greffier, tous officiers en la dict justice soubzsigné, le dix septième jour du mois de may mil six cent soixante et dix neuf, fait à la requeste et diligence d’Antoine COULLON constre et marguillier de ladite fabrique en la dict année comme ensuisvent :
Un contract de constitution de rente fait au profit de la fabrique dud. Bezannes, portant la somme de 100 livres tournois en principal, de la somme de 11 sols deux deniers tournois de rente par an, par Adrien PISTA et Martine BY, sa femme, et Claude HOURLIER et Barbe BY, sa femme.
Un contract de fondation fondé par Maire CAZESSE fille, de la somme de 100 livres tournois, à la charge de faire célébrer un obit par chacun an.
Un autre contract de donation et fondation de deffunt Mr Remy TROUSSET, vivant prestre curé de bezannes, de plusieurs héritages à charge de faire célébrer à perpétuité par chacun an, cinq messes hault le jour de la saint Joseph, le jour de la Sainte-Croix, le jour de la Visitation de N.D., le jour de l’Exaltation de la Sainte-Croix et une procession led. Jour ; le jour de la Saint-Remy, chef d’octobre, un salut, et prédication le jour de l’Assomption ; un obit le jour du décès dud. Deffunt. – Fait et passé par devant FRANSQUIN et HERBIN, notaires royaux demeurant and. Reims, en date du 30 mars 1677.
Dans cette pièce paraît Thomas TROUSSET, coustre de l’église de Bezannes en 1675.
un autre contrat de fondation, au profit de lad. Fabrique, de la somme de 60 livres tournois, fondé par deffunt messire MILLÉ LESCAILLON, presbtre chapelain de l’église Notre-Dame de Reims, à la charge que lad. Fabrique est tenue et obligée de faire chanter et célébrer une messe à perpétuité le jour de la saint Benoist. (G. 254, Doyenné de la Montagne.)
Le 31 mai 1691, les membres composant l’Officialité de Reims rendent une sentence condamnant les décimateurs de Bezannes à réparer le chœur et le cancel de leur église. Le 15 janvier de l’année suivante, une transaction intervenait entre les codécimateurs du lieu qui fixa la contribution de chacun d’eux aux réparations de l’édifice.
Un e contestation d’un autre genre s’élevait un siècle plus tard (juin 1778) entre le curé des Mesneux et l’archevêque au sujet des dîmes à percevoir sur deux cantons situés sur Bezannes, la Naux-Chevalier et Sous-le-Nirval.
Cette affaire fut soumise à un avocat de Paris, M. LAGET-BARDELIN qui, après avoir étudié consciencieusement toutes les pièces soumises à son expertise, rendit le 17 novembre 1778 sa consultation contre les prétentions du curé des Mesneux. Il terminait ainsi : » Le titre d’érection de la succursale des Mesneux est cure de l’année 1551, donne au curé les fruits décimables dont jouissoit alors celuy de Sacy sur les cantons de la Naux-Chevalier et Sous-le-Nirval de Bezannes, mais le curé de Sacy ne dixmoit que sur une partie de ces cantons. Il y a sur cela titre et possession. Le titre est la transaction du 15 janvier 1692 passée entre M. LETELLIER, ors archevêque de Reims et abbé de Saint-Rémy, le chapitre métropolitain, celui de Saint-Symphorien et le Sr GODBILLOT, curé de Saint-Jacques de Reims. L’année suivante, du reste, un arrêt du 19 mai, rendu par le Parlement, maintenait l’archevêque dans la possession de la dîme sur ces deux cantons.
Les anciens registres des cueillerets nous apprennent ce que touchait le seigneur du lieu. En 1763, M. LESPAGNOL de Bezannes reçut, pour son quart de sauvements, » dix-sept septiers et quatre écuelles un quart d’avoine, et pour son quart du droit de vinage sept livres cinq sols. Il devait luy revenir dix livres 18 sols pour son quart des-dits vinages, mais il a abandonné 3 livres 13 sols tant pour son quart du payement du mesureur que pour son quart des frais de recouvrement dud. Droit de vinage, ainsy qu’il est accoutumé. » La chapelle Sainte-Geneviève, dont nous avons parlé plus haut, fut supprimée par une ordonnance rendue le 19 juin 1773 par Mgr de la ROCHE-AYMON, cardinal-archevêque, à la suite de la requête qui lui avait été présentée par M . Charles JOLY, curé de la paroisse de Bezannes.
Ladite requête exposait : « que l’église de Ste-Geneviève paroist inutile par le peu de paroissiens qui y sont annexés, qu’elle est dénuée de choses nécessaires à la célébration du service divin, sans fabrique, sans registres et sans ornemens ; qu’étant située sur le bord d’un grand chemin, elle est exposée à des profanations ; qu’en effet elle a desja été profanée et volée plusieurs fois par des effractions nocturnes des portes et ouvertures des murs … »
La route de Paris, avant sa rectification à l’époque de Louis XV, passait à gauche de notre chapelle ; l’emplacement de l’église portant le même nom est aujourd’hui à sa droite et à une certaine distance.