L’examen des Archives et des registres de l’état civil nous a permis de dresser la liste des instituteurs qui ont exercé leur profession depuis l’année 1626, dans la commune de Bezannes.
Le 25 septembre 1626 : » Jacques PERYNET, maistre d’écolle, demeurant à Bezannes, achète une maison au lieudit les Bricailles. » Et le mois suivant, le 14 novembre, on enregistre le contrat de mariage passé entre
« Jacques PERYNET, maistre d’écolle à Bezannes et Magdelaine ROBERT, servante domestique de M. DE BEZANNES, seigneur du lieu ». Dans ce contrat, PERYNET promet à sa future « de mettre en mains du seigneur de Bezannes, 150 livres tournois pour la bonne amour qu’il porte à ladite Magdelaine pour achat d’héritages au profit de la future ».
Il est bon de rappeler qu’à cette époque, l’instituteur était l’auxiliaire forcé du prêtre dans toutes les cérémonies religieuses : son école n’était qu’une annexe indispensable et naturelle de l’église. L’enseignement avait pour objet de former avant tout des chantres intelligents, de bons enfants de chœur et de fidèles paroissiens.
Aussi pour être instituteur de village, suffisait-il d’avoir un peu appris à lire, à écrire, à compter, à chanter au lutrin et à servir la messe.
L’école se trouvait de ce fait sous la surveillance du clergé et les doyens chargés de cette fonction en rendaient compte ainsi dans leurs procès-verbaux de visite :
1663 – « M. Gabriel BRIE, maistre d’écholes ; les enfants sont instruits ».
1698 – « Il y a un maître d’école de bonnes mœurs. Les garçons et les filles vont à la même école ».
1739 – « Nous avons fait venir le maître d’école dont on nous a rendu bon témoignage ».
1774 – « Il y a un maître d’école non fondé par conclusion de communauté, il reçoit deux livres dix sols de chaque feu ou famille, une livre cinq sols des veufs. En outre l’écolage des enfants lui revient ; peu de casuet. C’est la communauté qui le nomme et le reçoit. Quand il y a bonne vendange, suivant il reçoit en vin les bonnes volontés des habitants, plus trois livres sur la recepte des deux plats établis pour les messes ».
« Le maître fait l’école aux garçons et aux filles en même temps. L’école se tient en la maison léguée pour ce à la communauté par Remy TROUSSET. Les réparations de ladite maison sont à la charge de la communauté qui pour cet objet l’oblige à remonter l’horloge journalièrement et de payer dix livres pour l’entretien d’icelle ».
« La place de l’école seroit suffisante pour les garçons seuls, elle est insuffisante par rapport aux filles. Pour cette raison et celle de pauvreté, il ne s’y trouve, tant garçons que filles, qu’environ 30 enfans au lieu de 50. On n’y envoye que les petits enfans tant garçons que filles, réunion sujette à grands inconvénients ».
Les prérogatives du clergé sur l’école durèrent encore après la Révolution, et ce n’est que vers 1833, en vertu de la loi GUIZOT (28 juin), que le maître d’école acquit un peu plus d’indépendance et fut soustrait à l’influence directe du clergé. Pour notre commune, la rétribution de chaque ménage se trouva fixée à cinq francs et il fut spécifié, en outre, que les jeunes mariés seraient tenus au paiement de cette somme aussitôt le trimestre qui suivrait celui de leur mariage.
Le 8 novembre de cette même année, le conseil municipal de Bezannes autorisa la création d’une maison d’école au milieu du village pour la somme de 1,800 francs. Dix ans plus tard (5 février 1843), dans une délibération prise à ce sujet, nos édiles en décidèrent l’agrandissement.
Enfin, c’est en 1853 que nous voyons s’élever la maison commune actuelle, qui sert à la fois, ainsi que nous l’avons déjà dit plus haut, de mairie et d’école. Pendant sa construction, les classes avaient été transférées dans la maison habitée aujourd’hui par Mme Ve GRIFFON-RIGOT.
La dépense s’est élevée à la somme de 45.000 fr. Une somme de 2.000 fr. avait été attribuée par l’Etat à titre de subvention.
Voici la liste des instituteurs qui ont exercé dans notre village :
| PERYNET, Jacques |
1626 |
PETIT (Mme) femme du préc
| 1805 |
| DUGUET, Claude |
1638 |
LAURENT, Claude-Antoine |
1809 |
| BRIÉ, G |
1663 |
MIGNOLET |
1811 |
| BOURÉ, François |
1700 |
POIRIER |
1826 |
| VALENTIN, Paul |
1709 |
DÉTRÉS, Jules Simon |
1833 |
| TRONSSON, J-B |
1722 |
BAILLON, Auguste |
1833 |
| LEMOINE, Jean |
1734 |
GERVAIS, Pierre |
1849 |
| CHARLIER, Nicolas |
1748 |
BAILLET |
1850 |
| THUMY, Thierry |
1753 |
CACHOT, CH. Joseph |
1854 |
| MOINEAU, Hubert |
1782 |
BORDET, |
1858 |
| LANGLET, J. Nicolas |
1787 |
BOULONNOIS |
1861 |
| TELLIER (Mlle) |
1787 |
CAGNIARD |
1865 |
| DOSSERAUX |
1787 |
FAUVET |
1866 |
| PETIT |
1787 |
ROCHET, Arthur |
1876 |
Nous ne voulons pas passer ce dernier nom sous silence. M. Arthur ROCHET occupe, en effet, le poste d’instituteur à Bezannes depuis 1876, après avoir enseigné à Reims et à Bligny. En 1884, il obtenait une médaille de bronze (grand module) ; en 1899 un Diplôme d’honneur et, en 1903, une médaille de bronze de M. le Ministre de l’Instruction publique.
Les vingt-sept années que compte son séjour dans notre commune montrent l’estime qu’il sut acquérir des habitants comme instituteur et comme secrétaire de mairie, et nous croyons être leur interprète en faisant ressortir ici sa vie toute de labeur et de modestie.
Nous nous faisons aussi un devoir de remercier bien sincèrement M. ROCHET pour la complaisance avec laquelle il a bien voulu y mettre les Archives communales à notre disposition.